
Photo Getty Images
Historique du handisport dans le 64
Il s’avère que les sourds sont les premiers au monde à associer sport et handicap. Il semble que ce soit en France en 1890, que s’est déroulée la première compétition d’handisport dans le monde, même si à cette époque le mot « handisport » n’existait pas encore dans le vocabulaire et viendra après la seconde guerre mondiale (lire plus loin), avec une course cycliste réservée aux sourds, entre Paris et Versailles. En 1895, se déroula à Nogent-sur-Marne, une course pédestre dénommée : « Jambes de bois », qui était destinée aux personnes ayant perdu au moins un membre inférieur. En 1900, eut lieu le premier championnat de France des sourds, alors qu’en 1910, Eugène Alcaïs atteint de cette infirmité, mondialement célèbre dans la communauté sourde et surnommé « le baron de Coubertin sourd-muet », forme le premier club de l’histoire des sourds : le Club Sportif des Sourds-Muets de Paris (CSSMP). En 1918, création de la Fédération Sportive des Sourds-Muets. En 1924 ont lieu les premiers « Jeux Mondiaux Silencieux », connus sous le nom de « The Silent Games ». En 1933, création de l’association des Paralysés de France (APF).
Le début du handisport dans le monde
La pratique sportive pour handicapés, dénommée « handisport », est née après la Seconde Guerre mondiale, de l'idée d'un médecin neurologue allemand, Ludwig Guttmann. Celui-ci a dû fuir son pays en raison de sa confession juive et a gagné la Grande-Bretagne, où il a fondé en 1944, à Stoke Mandeville, près de Londres, un centre destiné à soigner les lésions de la moelle épinière. Il estime avec juste raison, que les traitements doivent s'accompagner d'un programme de soutien psychologique et de réinsertion sociale : il a l'idée novatrice de s'appuyer sur la pratique sportive pour aider ses patients à reprendre confiance et, rapidement, le besoin de compétition se fait sentir. Aussi organise-t-il, à la veille des Jeux Olympiques de Londres en 1948, des World Wheelchair and Amputee Games (Jeux mondiaux des fauteuils roulants et des amputés), dont la première édition, confidentielle, réunit seize concurrents (des mutilés de guerre britanniques) et ne concerne que deux sports (le basket-ball en fauteuil et le tir à l'arc). À partir de cette date, les « Jeux de Stoke Mandeville » se tiennent tous les ans. En 1951, Ludwig Guttmann fonde l'International Stoke Mandeville Federation, une institution chargée de gérer le sport en fauteuil roulant. Dès 1952, les Jeux de Stoke Mandeville s'internationalisent, avec la participation d'une délégation néerlandaise. En France, le 7 mai 1954, naissait la première association sportive pour handicapés physiques : l’Amicale Sportive des Mutilés de France (l’ASMF).
Philippe Berthe, blessé de guerre, en était le créateur.
L’ère moderne des Jeux Paralympiques
La neuvième édition des « Jeux internationaux de Stoke Mandeville » se déroule à Rome en 1960, juste après les jeux Olympiques : elle sera reconnue comme la première édition des Jeux Paralympiques d'été ; le mouvement handisport est réellement lancé. En 1963, création de la Fédération Française Handisport (FFH). En 1964 naît l'International Sport Organisation for Disabled, chargée de gérer le sport pour tous les types de handicap. Par la suite, deux nouvelles institutions internationales voient le jour : la Cerebral Palsy International Sports and Recreation Association, créée en 1978, pour les infirmes moteurs cérébraux ; l'International Blind Sport Association, fondée en 1981, pour les déficients visuels. Mais le développement des compétitions handisport et, surtout, des jeux Paralympiques, nécessitait l'instauration d'un organisme fédérateur. Ainsi, en 1982, naît le Comité international de coordination des organisations mondiales de sport pour les handicapés, lequel supervise le mouvement handisport. Le succès grandissant des jeux Paralympiques conduit à renforcer cette institution. Aussi, le 22 septembre 1989 à Düsseldorf (Allemagne), le Comité international de coordination des organisations mondiales de sport pour les handicapés, se transforme en International Paralympic Committee (IPC), lequel établit son siège à Bonn en Allemagne.
L’arrivée du handisport dans les Pyrénées-Atlantiques
Ce n’est qu’en février 1967 que le handisport arrive dans notre département, sur l’initiative de Fred Gros, qui organise à Gourette un stage pour personnes atteintes de cécités, de polio, ou unijambistes. Ils sont 23 venus de toute la France s’essayer au ski de piste, malgré leur handicap. En 1972, naquit à Pau sous l’impulsion de Jean Pourredon, la section sportive de l’Association des Paralysés de France (APF), où l’on ne pratiquait principalement que du tir à l’arc. En ce qui concerne les autres disciplines le démarrage fut plus difficile, la ville ne disposant pas de structures adaptées aux personnes en situation de handicap. Quelques nageurs, on en dénombrait 3 ou 4 qui souhaitaient s’adonner à leur sport, allaient à la piscine du centre hospitalier de Saint-Luc. Un peu plus tard, la municipalité de Pau a permis à ces personnes de poursuivre leur loisir, en leur mettant à disposition une heure de pratique à la piscine Plein Ciel. En fin d’année 1974, la municipalité paloise proposa deux fois par semaine des heures de gymnastique sous la responsabilité d’un kinésithérapeute, qui se déroulèrent dans la salle de l’Athlétic Club Palois, rue René Fournets. En 1977, la section sportive de l'hôpital de rééducation de Bagnères-de-Bigorre venait grossir les rangs avec ses basketteurs.
Le premier club du département est basque
Pendant ce temps-là, à l’ouest du département en 1978, était créé par Dora Truques le premier club de handisport du 64 : l’association Sport et Détente des Handicapés du Pays basque, basé à Anglet. Les premières disciplines pratiquées furent le tir à l’arc, le basket, la natation, le tennis de table et l’haltérophilie. De nombreux champions et titres viendront récompenser ce club.
Plus à l’est, en 1979 est créée l’Association Sportive du Hameau Bellevue à Salies-de-Béarn, qui va proposer du basket, du tir à l’arc, de la boccia, de la sarbacane, de l’haltérophilie, de la natation, du tennis de table et du foot à 5. Mais surtout, ce club va donner à la France une grande championne de natation avec Marie-Hélène Allard, championne olympique du 50m dos et du 150m quatre nages et médaille d’argent du 50m brasse et du 50m nage libre, aux Jeux Paralympiques d’Arnhem aux Pays-Bas en 1980.
Le 22 avril 1980, Yvon Bordanave-Vignau, Robert Bordenave et Jean-Pierre Peudepièce, créaient le « Pau-Adour-Handisport », qui prenait ainsi le relais de la section sportive de l’APF. Comme l’expliquait en novembre 1995 Yvon Bordanave à un journaliste de Pyrénées-Presse : « Ce club avait été créé à la demande du docteur Biau de l’APF, qui avait imaginé de créer une structure afin de s’amuser. J’étais le seul nageur et les autres pratiquaient en dilettante le basket en fauteuil. Et puis, petit à petit, l’appétit est venu en mangeant. D’autres jeunes hommes et femmes nous ont rejoints, si bien qu’à ce jour nous comptons 130 adhérents ». Devenu ensuite « Pau-Béarn-Handisport » le 20 août 1984, l'association, dynamique et active, enregistrait et dépassait rapidement la centaine d'adhérents, en offrant la pratique du basket-ball en fauteuil roulant, de la natation, du ski, du tir à l'arc, du tennis de table et de l'escrime. Le club a obtenu des résultats brillants dans toutes ces disciplines, avec des dizaines de titres de champion de France individuels et collectifs, des médailles d'or, d'argent, de bronze aux Jeux Paralympiques.
Le géant Bernard Baudéan
En 1976, le skieur Oloronais Bernard Baudéan, licencié au Pau Béarn Handisport, devient champion paralympique en slalom géant, il va récidiver dans la même discipline en 1980 et en descente en 1988, sans oublier une médaille d’argent en géant en 1980. En 1990, il va réussir l’exploit de remporter les quatre titres possibles aux championnats du monde, en slalom spécial, slalom géant, super-géant et descente ! En 1996, il deviendra entraîneur national de ski. En 2003, la station de ski de la Pierre-Saint-Martin s’équipe de matériel spécifique, pour accueillir des personnes en situation de handicap et leur permettre d’assouvir leur passion.
Le cyclisme grand pourvoyeur de médailles
En 1999, est créé le Vélo Club Marracq Bayonne, qui deviendra en 2006 le Urt Vélo 64. En 2009, il intégrera une section handi et en 2014 il sera la structure soutien du pôle France de paracyclisme. Depuis 2009, de nombreux titres nationaux, continentaux, mondiaux et même paralympiques, viendront récompenser tout le travail effectué par les dirigeants. Le para triathlète d’Anglet, Nicolas Bachoffer deviendra champion du monde de sa discipline en 1998 et récidivera en 1999. Plus tard, dans les années 2010, c’est Perle Bouge qui va ramener de nombreux titres nationaux et internationaux en para-aviron, sans oublier ses deux podiums olympiques. Entre les années 1995 et 2001, le Pau Béarn Handisport va se hisser au plus haut niveau national en natation, avec de nombreux titres nationaux par équipe et en individuel. En basket aussi, ce club va remporter des titres nationaux dans les divisions inférieures, tout en fournissant de nombreux joueurs à l’équipe de France (Michel Bacabara, Patrick Lodens, Stéphane Abando et plus récemment Nicolas Jouanserre), mais aussi à des sélections étrangères (Akim Merzougui et Nouri Reda Ksouri avec l’Algérie et Mohamed Allilou avec le Maroc). En 1996, le Palois habitant Jurançon, Joël Larrivière, ira en finale de natation aux jeux d’Atlanta.
Les années 2000
Comme on a pu le lire plus haut, beaucoup de titres ont été attribués à de nombreux champions des Pyrénées-Atlantiques depuis le début des années 2000. En 2017, est créé le handisurf sur la côte basque, alors que le paratriathlète Palois, Ahmed Andaloussi remporte de nombreux titres internationaux et termine 5e des jeux de Tokyo dans sa discipline. Bien entendu, Perle Bouge est sûrement celle qui a remporté le plus de titres, mais il ne faut pas oublier Guillaume Toucoullet en para tir à l'arc, médaille d’argent aux championnats du monde 2022 et en 1/16e de finale des jeux de Tokyo. En 2023, il remportait la médaille d’argent aux championnats d’Europe et en 2024 il se classait 9e des jeux de Paris. Mais aussi Elur Alberdi championne du monde en 2022, médaillée de bronze en 2023 en para-aviron. Pour les Jeux de Paris 2024, trois sportifs Béarnais y ont participé avec des fortunes diverses. Tout d’abord la nageuse Émeline Pierre, après avoir été finaliste du 100m dos aux jeux de Tokyo, elle devient championne paralympique du 100m nage libre et médaille de bronze du 100m dos, en catégorie S10. L’Orthézienne Coralie Gonzalez termine 8e avec l’équipe de France de goalball, la même place que Nicolas Jouanserre avec l’équipe de France de basket fauteuil. Dans cette compétition, le Béarnais termine meilleur marqueur de l’équipe et établi le record de points pour un joueur français sur un match des Jeux Paralympiques, en inscrivant 38 points devant le Canada. En dehors des jeux parce que sa discipline n’y participe pas, Jean-Michel Brune en para-trap, dans la fosse olympique classification PT3, se classe parmi les meilleurs tireurs du monde avec 7 titres de champion de France et 9 médailles mondiales. Avec 116 plateaux sur 125, il détient le record de France, à 1 plateau du record du monde (117). Enfin, comment ne pas citer Maxime Cabanne licencié à l’Aviron Bayonnais, qui a plusieurs cordes à son arc, puisqu’il brille au très haut niveau mondial en para-surf et para-pelote ! Sur l’eau, il possède 5 titres de champion de France, 1 titre de champion d’Europe avec l’équipe de France et 3 titres mondiaux avec la sélection nationale, sans compter de nombreux autres podiums internationaux. Quand il est sur terre avec une raquette dans les mains, il est tout aussi redoutable. Il détient 14 titres nationaux, 1 titre de vice-champion du Monde en mur à gauche en 2022, 2 titres de champion du Monde, l’un en trinquet en 2024 et un second en mur à gauche en 2025.
Précisions
En ce qui concerne le handisport dans les Pyrénées-Atlantiques il a été difficile de trouver des informations, sachant que le comité départemental à qui nous nous sommes adressés n’a pas gardé d’archives. Nous sommes partis à la recherche d’informations par le bouche à oreilles, certains ont répondu à nos demandes, d’autres pas du tout. Nous avons essayé de ressortir les principales dates et les principaux champions qu’on nous a communiqués, sachant que certainement beaucoup ont été oubliés.
Claude Jouanserre








